« Je crois que chaque sage‑femme se doit de sortir de sa zone de confort, qu’elle choisisse de s’aventurer hors de sa communauté ou dans un tout autre pays », admet la sage‑femme Bev Langlois à la suite de son premier séjour au Soudan du Sud. « C’est important de réaliser qu’il s’agit d’humains comme nous, d’apprécier l’expérience des autres et leur façon de vivre. »

Bev a choisi de participer au projet Renforcer les services de sage‑femme au Soudan du Sud en tant que consultante sage‑femme afin de partager ses connaissances et ses compétences et de faire face à la réalité de la pratique sage‑femme dans un autre pays. Accompagnée de l’infirmière Barb Leggett, elle a‑offert un atelier sur les soins de maternité respectueux (SMR). Bev et Barb ont animé un atelier de 3 jours devant 30 personnes venant des quatre coins du pays, en majorité des sages‑femmes et certaines infirmières. Elles ont consacré deux jours et demi à enseigner les soins de maternité respectueux, réservant la dernière demi‑journée pour la mise en pratique des nouvelles notions et l’enseignement entre pairs. Selon elle, les Sud‑Soudanais ont aimé les exercices de groupe et les mises en situation. Plusieurs expériences personnelles ont été partagées et même si nombre de participants s’exprimaient en arabe, elle voyait bien qu’ils réussissaient à puiser le maximum de la matière. En revanche, la réalité l’a heurtée de plein fouet lorsqu’en demandant ce qui les empêcherait de passer le mot sur les soins en pratique sage‑femme, on lui a répondu : la peur pour leur vie et celle de leur famille.

Bev a souligné que les femmes doivent faire confiance aux sages‑femmes et aux travailleurs de la santé pour vouloir donner naissance dans les centres de santé. Dans le passé, si une femme était incapable de payer pour les soins reçus, le bébé était gardé en garantie jusqu’à ce qu’elle soit capable de régler ses comptes. Les visites offraient peu d’intimité, les sages‑femmes recevaient les femmes en groupe et les femmes étaient traitées différemment selon qui elles étaient.

Sa visite des centres de maternité de Juba quelques jours après son atelier fut l’une des expériences les plus gratifiantes pour Bev. Lors de ses visites impromptues, elle voyait déjà que certaines notions des SMR étaient mises en pratique. On cherchait notamment des façons de voir les clientes une à la fois et‑dans un espace privé.

Bev révèle que les soins irrespectueux et l’abus peuvent provenir des sages‑femmes, des accoucheuses traditionnelles, des infirmières, des médecins et des gestionnaires, mais l’objectif de l’atelier sur les SMR est d’enseigner aux infirmières et aux sages‑femmes afin qu’elles puissent influencer leurs collègues, et ce, de manière sécuritaire. « Les participants doivent partager ce qu’ils ont appris en prenant soin de ne pas offusquer les autres », dit‑elle en soulignant que ces changements ne peuvent pas reposer entièrement sur leurs épaules. Ils doivent se tourner vers leur communauté et encourager les gens à participer et à‑émettre des commentaires.

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